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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 12:32

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Les relations entre la France et l'Algérie sont basées sur des paradoxes et des non-dits si caractéristiques des histoires de familles. Durant la visite de François Hollande, un tour d'horizon des défis pour les deux pays s'impose.

Pour commencer et au moment où les dettes publiques constituent la principale préoccupation de l'Union européenne, il n'est pas inintéressant de rappeler que l’invasion de l’Algérie était déjà liée à la dette contractée par la France après la révolution de 1789. Cette dette fut en effet l’objet de tensions entre la France et la régence d’Alger, tensions qui ont conduit à la prise d’Alger en 1830. Dans son ouvrage Main basse sur Alger, Pierre Péan estime que le but de Charles X était de s'approprier du trésor d'Alger, afin de soudoyer le corps électoral en France en se lançant dans une aventure qui va durer 132 ans et qui se prolonge aujourd'hui à travers de puissants liens économiques mais aussi humains, avec une présence importante des Algériens en France. Ce trésor est estimé par  Pierre Péan à 4 milliards d'euros.

De l'autre côté de la Méditerranée, la société algérienne est sclérosée par sa trop lente transition vers la démocratie et son manque d'initiatives et de vision de long terme en matière économique. Au-delà du développement des infrastructures qui a été initié, il est urgent aujourd’hui de relancer l’agriculture, de développer l’industrie du tourisme et surtout de créer des pôles d’innovations et de recherche dans le pays afin de faire monter en gamme et de diversifier l'économie algérienne afin de s'abstraire de toute dépendance vis-à-vis des cours mondiaux des matières premières. 

En raison de ses tensions avec le Maroc, de l'instabilité politique et militaire à la frontière sud avec le Mali, et plus largement le recul de sa présence sur la scène internationale, l'Algérie semble relativement isolée sur le plan géopolitique. Ce manque d'intégration régionale est problématique et risque de faire perdurer le manque de transformation politique qui est l'une des causes de l'incapacité algérienne à émerger plus rapidement. Au-delà de son manque d'ancrage régional, l’Algérie a également des difficultés à valoriser ses atouts: deuxième pays francophone au monde, elle ne figure pourtant pas parmi les membres de l'organisation internationale de la francophonie. 

Derrière cette inertie politique et ce conservatisme apparent, il se joue en Algérie une révolution silencieuse, notamment à travers la création de services de loisirs et le développement du travail féminin qui constitue un puissant levier de mutation économique et sociale. Les liens avec la diaspora algérienne, malgré leur manque de structuration, contribuent également au développement du pays et sont appelés à le faire encore davantage à l'avenir. 

En France, le débat sur la question algérienne se résume trop souvent à une volonté de parler de l’action positive en Algérie ou encore de dénoncer les violences et les crimes subis par les Européens. Ce traitement simpliste démontre la persistance d'un conservatisme et de tabous d’une partie des élites et de la société française qui peine à reconnaitre que l’Algérie fut la scène d’un apartheid politique qui, en conférant un statut juridique aux musulmans, trahissait les valeurs d’égalité républicaine.

En dépit des travaux menés par des associations, des intellectuels et des historiens pour comprendre ce passé douloureux, des élus continuent d’instrumentaliser la mémoire coloniale et la nostalgie de la France coloniale associée. A une époque où il faut être réactif face aux mutations contemporaines, la France gagnerait à solder les douleurs du passé à travers une reconnaissance formelle et institutionnelle des crimes coloniaux. Loin de constituer une repentance, vocable sarkozyste destiné à clore le débat, il s'agirait au contraire d'une preuve de maturité et de foi dans l'avenir des relations franco-algériennes. Ce serait en outre le moyen de mettre un terme définitif à l'instrumentalisation de cette question des deux côtés de la Méditerranée. En particulier, cela mettrait le pouvoir algérien face à ses responsabilités pour dessiner un avenir à une population jeune et désireuse de changement.

D’un point de vue économique, la France a intérêt à resserrer ses liens avec l'Afrique en empruntant une voie nouvelle où les bénéfices seraient partagés entre les deux Etats et profiteraient aux deux peuples. Alors que d’autres acteurs, notamment la Chine, sont de plus en plus actifs sur le continent africain, l'Algérie et l'ensemble des autres pays francophones peuvent offrir des débouchés importants pour l'économie française frappée par une crise qui perdure. Si l'année 2011 a été une année record pour les exportations françaises en Algérie, il reste encore du potentiel à exploiter.

Réciproquement, l'Algérie continuera d'être un fournisseur important de la France, en particulier sur le plan énergétique puisque plus de 15% du gaz consommé dans l'Hexagone provient d'Algérie et que la France ne semble pas prête à exploiter le gaz de schiste disponible dans son sous-sol. Grâce à ses importantes ressources en matières premières, l’Algérie bénéficie d’une manne financière qu'elle doit mettre à profit pour son développement économique et social. Sa capacité d'investissement peut également lui servir à prendre des participations dans des entreprises françaises qui pourraient être amenées à exporter leur savoir-faire en Algérie. De tels montages offriraient des débouchés à des entreprises françaises tout en rentabilisant les investissements algériens et en développant les savoir-faire des filières professionnelles locales.

Enfin, et toujours dans le cadre de ce partenariat privilégié, l'Algérie pourrait proposer à la France un emprunt à des taux d'intérêts préférentiels pour  alléger les charges de sa dette publique.

 

El Yamine Soum, sociologue et essayiste, est notamment l'auteur de « La France que nous voulons », Ed. les points sur les i

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Published by République Nous Voilà! - dans vivre ensemble
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